Les chiffres parlent d’eux-mêmes : jamais les suppléments naturels n’ont été autant vantés sur Internet et les réseaux sociaux. Cette propagation rapide des discours autour de ces produits s’accompagne d’un revers inquiétant : la circulation de conseils sans filtre, ni validation scientifique rigoureuse.
Avant toute démarche, il faut garder à l’esprit que la commercialisation de ces compléments naturels échappe presque systématiquement aux contrôles stricts attendus. Les autorités compétentes interviennent peu, voire pas du tout, laissant le champ libre à une industrie qui avance souvent masquée.
A voir aussi : Les acouphènes : symptômes et traitements
Certaines de ces substances peuvent, à l’occasion, apporter un bénéfice. Pourtant, la plupart des sites marchands mettent en avant des promesses démesurées, bien éloignées des effets réellement observés. Plus préoccupant encore : l’absence quasi totale de recul sur l’utilisation chronique de ces produits, même à faible dose.
Autre angle mort, et il est de taille : les mises en garde sur les effets secondaires sont régulièrement absentes des présentations. Ce silence est parfois interprété comme une garantie d’innocuité, alors que rien ne le justifie.
A lire en complément : Mutuelle santé senior : comment lire et comparer les devis ?
Focus sur l’Atrémorine
Le site d’Atrémorine met en avant un “extrait breveté” de Vicia faba, plus connu sous le nom de haricot des marais. Depuis plus d’un siècle, on sait que cette plante contient naturellement de la lévodopa. Quelques études, menées sur un nombre limité de personnes atteintes de la maladie de Parkinson, laissent entrevoir que consommer ces haricots cuits pourrait agir comme la lévodopa de synthèse, et même atténuer la dyskinésie (1 ; 2).
Mais la médaille a son revers : manger des haricots de Vicia faba expose aussi à des risques, parfois graves. Par exemple, des cas d’anémie hémolytique sont rapportés chez des individus porteurs de mutations génétiques spécifiques (3), ou l’apparition de dyskinésies sévères (4).
Ce que promet le vendeur
La communication du site vendeur n’y va pas de main morte : on y lit que le produit serait neuroprotecteur, qu’il ralentirait, voire stopperait la progression de la maladie de Parkinson (données du 11 mai 2017). Une enquête serrée dans les grandes bases de données scientifiques montre pourtant que la plupart des effets attribués à Atrémorine n’ont été testés que sur des modèles expérimentaux, pas sur des personnes vivant avec la maladie (5 ; 6).
Qu’en disent les essais cliniques ?
À ce jour, une seule étude clinique publiée porte sur l’utilisation de l’extrait de Vicia faba (Atrémorine) chez des patients atteints de Parkinson (7). Les auteurs constatent une hausse des taux de dopamine dans le sang, une heure après une prise orale unique de 5 g d’Atrémorine (environ 110 mg de lévodopa). Cette augmentation n’est pas la même pour tout le monde : elle dépend du profil génétique de chaque patient.
En clair, la réponse au produit varie d’une personne à l’autre.
Voici, plus en détail, ce que l’étude révèle :
- Elle se limite à une seule prise, à faible dose.
- Elle ne mesure ni ne prouve d’effet sur les symptômes moteurs ou non moteurs de la maladie ; elle se fonde sur des observations plus anciennes portant sur la consommation du haricot entier.
- Elle ne mentionne rien au sujet d’éventuels effets secondaires.
- Elle ne s’intéresse pas à la sécurité ou à l’efficacité d’une prise au long cours.
- Elle ne mesure pas d’impact sur l’évolution de la maladie.
En l’état, il serait hasardeux d’avancer que l’Atrémorine a un bénéfice démontré, ou un risque avéré, pour les personnes concernées.
“Naturel” et “chimique” : deux faces d’une même pièce
Certains opposent systématiquement naturel et chimique, comme s’il s’agissait de mondes incompatibles. Pourtant, la chimie structure tout le vivant. Un extrait “naturel” regorge de molécules chimiques, par définition.
La lévodopa est précisément l’une d’elles. Chez la plante, elle sert de bouclier, limitant la concurrence des autres végétaux alentour (8). Chez l’humain, elle permet de fabriquer la dopamine, qui joue un rôle clé dans la maîtrise des gestes.
La lévodopa extraite de Vicia faba, et donc d’Atrémorine, est en tout point identique à celle contenue dans les médicaments. Son origine ne change rien à son action sur l’organisme. Ce qui peut varier, c’est l’effet d’autres composés présents dans l’extrait végétal, susceptibles de moduler, prolonger ou perturber l’activité de la lévodopa. D’où la nécessité de bien comprendre l’ensemble de ces effets, notamment dans la durée.
Quelques principes à retenir
La prudence s’impose avant d’opter pour des suppléments à base de lévodopa. S’ils peuvent parfois aider, ils comportent aussi des risques : réactions inattendues, interactions potentielles avec les traitements classiques, modification de leur efficacité… Ces interactions médicamenteuses, bien documentées pour les médicaments “classiques”, existent bel et bien pour les compléments naturels. Elles peuvent s’avérer lourdes de conséquences si elles ne sont pas signalées au médecin.
Une règle ne souffre aucune exception : il ne faut jamais modifier seul son traitement, ni omettre d’avertir son neurologue en cas de prise d’un nouveau complément naturel.
Références
- Rabey et al., (1992) L’amélioration des caractéristiques parkinsoniennes est corrélée à des valeurs élevées de lévodopa plasmatique après consommation de fèves (Vicia faba). Journal of Neurology Neurochirurgie et psychiatrie 55:725-727.
- Apaydin H. (2000) Haricot large (Vicia faba), Une source naturelle de L-dopa prolonge les périodes d’activation chez les patients atteints de la maladie de Parkinson qui présentent des fluctuations « marche-arrêt ». Troubles du mouvement 15:164-166
- Raguthu et al (2009) Fèves et maladie de Parkinson : « complément naturel » utile ou risque inutile ? Journal européen de neurologie 16 : E171.
- Ramirez-Moreno et al., (2015) Consommation de fèves (Vicia faba) et maladie de Parkinson : une source naturelle de L-dopa à prendre en compte. Neurologie 30:375-391
- Romero et al, (2017) Effets neuroprotecteurs de l’E-podofavaline-15999 (Atrémorine). Neuroscience du SNC et thérapeutiques 00:1-3
- Carrera et al, (2017) Effet neuroprotecteur de l’attrémine dans un modèle expérimental de la maladie de Parkinson. Conception pharmaceutique actuelle 23:1-12.
- Cacabelos et al. (2016) Réponse dopaminergique induite par l’E-podofavaline-1599 (Atrémorine) dans la maladie de Parkinson : effets pharmacogénétiques. Journal of Genomic Medecine and Pharmacogenomics 1:1-26.
- Soares et al., (2014) Le rôle de la L-DOPA chez les plantes. Signalisation et comportement des plantes 9:4, e28275
Refuser la précipitation, s’informer, dialoguer avec son médecin : l’équation n’est pas si compliquée, mais elle peut tout changer. Le choix d’un complément naturel ne relève pas d’un pari, mais d’une décision à peser, sans céder aux promesses faciles. Rien de plus précieux que de garder la main sur sa santé, armé d’informations solides et d’une vigilance sans faille.

