Obtenir sa retraite complémentaire : quelles étapes suivre simplement

1 mars 2026

Les règles qui encadrent le versement des pensions de retraite complémentaire pour 22 millions de salariés, qu’ils travaillent dans l’industrie, le commerce, les services ou l’agriculture, s’apprêtent à basculer. Dès le début de l’an prochain, le paysage change. Cette évolution, décidée fin 2015 par les partenaires sociaux pour préserver la santé financière des régimes complémentaires, n’a aucun lien avec la grande réforme du système de retraite actuellement sur la table de Jean-Paul Delevoye, Haut Commissaire chargé de ce chantier. Pourtant, une nouvelle donne s’annonce : la pénalité de 10 %, baptisée « coefficient de solidarité », viendra grignoter le montant des pensions AGIRC-ARRCO durant trois ans. Les futurs retraités seront bel et bien touchés. Prenons un exemple concret : un cadre supérieur qui reçoit 1 000 € par mois de la CNAV et 3 000 € mensuels de retraite complémentaire verra 300 € lui échapper chaque mois pendant 36 mois, soit une perte totale de 10 800 €. Plusieurs options existent pour traverser ce cap sans trop y laisser de plumes. Voici les principales.

Retarder son départ d’un an

Il s’agit de la stratégie la plus directe, et la plus accessible. L’idée ? Décaler la date de départ en retraite d’un an par rapport à celle du taux plein. Plutôt que de partir dès que vous remplissez les conditions du taux plein, il suffit de patienter quatre trimestres civils supplémentaires. Résultat : vous percevrez l’intégralité de vos pensions complémentaires dès le premier versement, et non 90 % pendant trois ans comme l’imposera la nouvelle règle.

Petit rappel sur la notion de taux plein : il s’applique au régime de base (CNAV pour les salariés du privé, par exemple) et dépend du nombre de trimestres acquis. Pour chaque génération, un nombre précis de trimestres est exigé : un salarié né en 1957 devra en justifier 166 pour faire valoir ses droits dès 62 ans, âge légal actuel, sans minoration. Pour la génération 1960, le compteur grimpe à 167 trimestres, et ainsi de suite.

Concrètement, retarder son départ peut se faire de plusieurs manières. Rien n’oblige à l’accord de l’employeur pour continuer à travailler un an de plus : sauf licenciement ou rupture conventionnelle, il ne peut pas imposer un départ à la retraite avant vos 70 ans. Autre piste : alléger son rythme en passant à temps partiel, ou opter pour la retraite progressive. Enfin, ceux qui disposent d’un compte épargne temps peuvent mobiliser leurs droits pour lisser cette période charnière.

Obtenir une prime compensatoire de l’employeur

Autre scénario possible : négocier avec votre employeur une prime exceptionnelle qui compense la pénalité subie sur trois ans. Cette démarche présente deux avantages non négligeables. D’abord, elle vous permet de partir dès 62 ans ou dès l’âge auquel vous pouvez liquider vos droits, sans attendre l’année supplémentaire. En clair, vous profitez de votre retraite sans délai. Ensuite, côté employeur, le versement d’une prime ponctuelle reste souvent plus avantageux que de devoir rémunérer une année de salaire additionnelle, charges comprises. Une opération qui, dans certains cas, arrange tout le monde.

Combiner emploi et retraite pour équilibrer la perte

Certains font le choix de partir à la retraite dès qu’ils remplissent les conditions requises, quitte à accepter la réduction temporaire de leur pension complémentaire. Mais rien n’empêche d’ajuster le tir ensuite. Comment ? En cumulant emploi et retraite pour compenser la baisse de revenus liée à la pénalité. Travailler quelques heures, devenir consultant, transmettre son expertise différemment : cette solution, moins improbable qu’il n’y paraît, séduit ceux qui souhaitent maintenir un rythme d’activité tout en bénéficiant du statut de retraité.

Accepter une minoration définitive

Dernière option, qui concerne avant tout ceux qui ont commencé à travailler tard et ne totaliseront pas le nombre de trimestres requis à l’âge légal. Par exemple, une personne née en 1958 qui sait d’emblée qu’à 62 ans, elle ne validera que 165 trimestres sur les 167 nécessaires.

Dans ce cas, il est recommandé de :

  • Éditer une estimation indicative globale (EIG) via le portail info-retraite.fr, pour avoir une vue précise du montant de vos pensions.
  • Comparer les scénarios : d’un côté, la pension calculée avec les abattements (2,5 % de décote pour 2 trimestres manquants sur la pension de base, 2 % d’anticipation sur la retraite complémentaire AGIRC-ARRCO) ; de l’autre, la pension à taux plein mais amputée de 10 % pendant trois ans.
  • Évaluer la rentabilité de chaque option : si le cumul des pertes liées à une minoration définitive ne dépasse la pénalité temporaire qu’après une vingtaine d’années, partir dès 62 ans peut s’avérer pertinent. Soyons francs : rien ne garantit que chacun vivra bien au-delà de ses 82 ans.

Quel que soit le choix opéré, un cap se profile à l’horizon : la retraite complémentaire ne se prépare plus sur un coin de table. Désormais, chaque décision compte, et le moindre trimestre peut faire basculer la donne. À chacun d’avancer dans ce nouveau paysage, lucide mais sans se résigner, prêt à écrire la suite selon ses propres règles.

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